La Grande Duchesse de Gerolstein d'Offenbach au Château de la Bâtiaz de Martigny, juin 2009
L’œuvre

La Grande-Duchesse de Gerolstein est un opéra bouffe en 3 actes et 4 tableaux de Henri Meilhac et Ludovic Halévy sur une musique de Jacques Offenbach.

Hortense SchneiderIl fut créé à Paris, au théâtre des Variétés, le 12 avril 1867 au moment de l’ouverture de l’Exposition internationale. Parodie de l’esprit militaire déformé, de l’amour du galon, des honneurs superficiels, il connut un succès immédiat. Elle raillait la guerre qu’on ne soupçonnait pas si proche. Tout Paris s’en amusa. Napoléon III assista à la douzième représentation. Tous les souverains invités à l’exposition eurent à cœur d’aller applaudir Offenbach et sa magnifique interprète, Hortense Schneider.

La loge d’Hortense était devenue le rendez-vous à la mode : toute l’Europe s’y pressait aux entractes, au point qu’on la surnomma le « passage des princes ».

L’étourdissant livret aurait seul suffi au succès, mais la partition sut l’enrichir avec son chœur des conjurés parodiant la Bénédiction des poignards des Huguenots, avec ses couplets du Piff ! Paff ! son rondeau Ah ! que j’aime les militaires !, sa chanson du Sabre de mon père, sa ravissante légende Ah ! mon aïeul quand il buvait et le charmant duo Dites-moi si gentiment cocasse. Paris fit à la Grande-Duchesse le même accueil qu’il réserva aux souverains venus visiter l’Exposition. Offenbach fut consacré roi de l’opérette, Hortense Schneider – qui incarna la Grande-Duchesse – en fut la reine.

Extrait du Larousse de la Musique

Offenbach et la joyeuse tragédie

Souveraine du duché de Gerolstein, la Grande-Duchesse utilise son pouvoir pour obtenir les faveurs du jeune et beau soldat Fritz. Elle le fait général des armées, lui propose des avancements dans le civil et veut le faire habiter au palais.

Mais Fritz ne comprend rien aux « subtiles manœuvres » de cette royale admiratrice. Il aime Wanda, la paysanne, et ne désire rien d’autre que de l’épouser.

Logiquement, la jalousie va s’inviter à ce rendez-vous manqué. Celle du général Boum et du baron Puck qui craignent de perdre leur pouvoir, celle du prince Paul, le prétendant, et enfin celle de la Grande-Duchesse elle-même, puisque Fritz décide de rester fidèle à Wanda.

Le jeune soldat se retrouve donc avec tous ceux qui détiennent le pouvoir contre lui. On veut l’éliminer. On conspire et on aiguise les couteaux joyeusement. Mais la Grande-Duchesse médite. « Lorsque je regarde en moi-même, ce que j’y vois est effrayant… » déclare-t-elle quelques instants avant de découvrir sur le sol de son palais, une tache rouge, témoignage d’un assassinat qui s’est déroulé dans les temps anciens. Profondément troublée par cette double vision, elle choisit de renoncer à la passion, aux combinaisons et au crime. Elle tentera bien une deuxième fois de s’accrocher à ses illusions, envoûtée par le regard du beau et ténébreux baron Grog. Peine perdue. Au final, c’est avec une certaine sagesse, mais aussi avec un certain regret, qu’elle déclare à l’adresse de ses amours manquées « Quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a. » Fin de la comédie, tout rentre dans l’ordre. Au jeu de la séduction et du pouvoir… c’est comme si l’on avait joué à se faire peur. En somme, tout est bien qui finit bien.

Mais ne nous méprenons pas, chez Offenbach et ses fameux librettistes Meilhac et Halévy, tout est fait pour bien nous faire comprendre que l’on n’est qu’au théâtre. On caricature à gros traits. On regarde l’horreur en s’amusant, mais avec lucidité. On joue, chante et danse jusqu’à l’épuisement, pour se mettre à bonne distance des personnages inquiétants qui habitent leurs œuvres. Et c’est dans un délire musical jouissif que leur opéra bouffe peut si bien jouer son rôle de garde-fou contre l’abîme dans lequel risquent de s’écraser, avant l’heure, les tragiques destins humains.

Bernard Vouilloz, metteur en scène

Avec le soutien de la Ville de MartignyAssociation du Château de la Bâtiaz